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21/07/2011

Une nouvelle vie après Les Epicure 2011

Elle répond à 3 questions.

> Comment vous étiez vous préparé à ce concours ?

 

C'est une collègue qui m'a envoyé le lien pour m'inscrire... La première fois j'ai rigolé puis l'ai fermé en me disant que c'est un niveau trop haut pour moi et que je ne suis pas faite pour les concours. Puis les jours ont passé, ça a fait un bout de chemin dans ma tête, je l'ai ouvert quelques fois puis me suis décidé. "ça n'engage à rien, après tout, et puis avec de la chance je cuisinerai peut-être dans un restaurant !" : ça a commencé comme ça.

Pour la recette, je me suis inspiré d'un parmentier d'Anne Sophie Pic, que j'ai réfléchi différemment afin de vraiment le personnaliser et de rendre quelque chose qui révèle l'authentique, la tradition, mais en le cuisinant et en le présentant dans la modernité. Ainsi, j'ai découvert aussi moi-même le produit qu'est la queue de boeuf et ai élaboré progressivement ma recette. Un petit défi, mais qui a bien gagné.

 

> Quel souvenir gardez-vous des 1/2 finale et finale?

 

- La demi-finale : je me souviens avoir été accueillie directement par les chefs Olivier Nasti et Laurent Arbeit, cela m'a vraiment impressionné autant que fait plaisir. J'ai joué le jeu de tout faire sur place (on avait 2H30) et je n'y suis pas allée de main morte. Beaucoup d'étapes, sans compter la découverte d'une cuisine professionnelle, ou encore le challenge du temps, j'ai eu une belle montée d'adrénaline ! Je me souviens du moment où j'ai du présenter mes assiettes, je confie que je suis plutôt fière ne n'avoir pas fourcher sur mon titre "Ochsewedele met sini Gebrageltgriesknepfle" (parmentier de queue de boeuf et quenelle de semoule) dans un contexte particulier mêlé d'euphorie et de stress.

De l'autre côté, j'ai vraiment apprécié la convivialité qui régnait dans la cuisine. Les chefs observant nos techniques et nous épaulant. "Hmm ça sent bien bon ici. Ah vous faites de la queue de boeuf? Votre choix est intéressant... et j'adore la queue de boeuf !" : les paroles de Daniel Zenner, qui avait un regard bien malicieux et plutôt impatient de goûter. C'est par la suite que j'ai appris qu'il était choniqueur gastronomique bien connu dans le métier.

 

- La finale : Elle a tout autant été riche d'émotions. C'était un concours certes, mais il y avait réellement un soutien de la part des chefs: Olivier Nasti m'a prêté son couteau pour préparer mes filets de sandre, Eric Robert m'a conseillé le gros sel pour la cuisson de mon choux ou m'a encore félicité pour ma pâte à nouille. Cependant, la cuisine sur podium se rapproche du spectacle et cela a donc été aussi bien impressionnant avec les commentaires du chroniqueur, l'écran géant ou encore le public juste en face.

Me rapprochant doucement du dressage, je me souviens m'être rendu compte d'un retard d'une trentaine de minute sur mon programme. Alors que je me suis empressé d'étaler ma pâte à nouille, le chroniqueur expliqua "qu'il vaut mieux que le mari ne soit pas dans les parages lorsque je tiens mon rouleau à pâtisserie...". Bref, un savant mélange de stress, de speed, d'humour, ou encore de tendresse de la part des professionnels.

Et le résultat... jamais je n'aurai pensé aller aussi loin (2ème place) ! Emile Jung m'a également donné la mention spéciale pour les "meilleures nouilles du monde", et le public m'a confié qu'il a dévoré mon assiette... ça a été un réel plaisir et une émotion sans pareil pour moi d'avoir touché un tel personnage de la gastronomie.

 

> 1 an après qu'êtes-vous devenue?

 

Fascinant comme un simple clic peut changer une vie... Et je n'exagère en rien. En effet, si j'ai tenté ce concours, ce n'est pas pour les différents lots à gagner, ou encore pour mettre en avant mes capacités en cuisine. Je l'ai tenté simplement parce que j'ai réellement une passion pour la cuisine et avais l'espoir de "jouer à la chef" dans un restaurant étoilé... Comme un rêve d'enfant, et qui s'est d'ailleurs bien concrétisé à la période de Noël ! En accédant à la demi-finale, j'avais déjà tout gagné: accéder aux cuisines professionnelles, rencontrer des "grands", les entendre parler de leur dernier arrivage de morilles ou encore du menu du réveillon qui n'était toujours pas imprimé ! Et puis les convaincre, un peu, en tout cas leur faire plaisir au travers de ma cuisine.

Par cette expérience, j'ai vraiment "osé" quelque chose, comme je ne l'ai jamais fait auparavant, étant de nature plutôt réservée. Je me rend compte à quelle point elle m'a aidé à avoir davantage confiance en moi. Au-delà, je suis rentré dans un monde qui m'attirait mais que j'observais de loin. Lors du concours, j'ai pu rencontrer, discuter, être soutenu, et même trinquer avec des chefs et personnalités de grande qualité.

J'ai également compris que j'avais un certain potentiel et que j'ai déjà parcouru un certain chemin dans la cuisine, que ce soit au travers de mes recherches, de ma technique ou encore de ma créativité. Cela me donne davantage envie d'apprendre et de continuer à satisfaire les papilles de mes proches.

Durant cette période, je n'avais de pensées que pour le concours, pour l'amélioration de mes recettes par exemple (jusqu'à me faire des schémas sur "post-it" sur ma table de nuit de peur de perdre mes idées..), ou encore les rencontres que j'avais ou allais faire. Cela a pris le pas sur mon quotidien, et même sur ma formation... J'étais "DEDANS" !

Et j'étais tellement "dedans" que ça m'a donné le cran de me lancer maintenant, et encore une fois, un autre défi, mais d'une autre taille... Depuis toujours j'hésitais à me lancer dans la restauration, en le gardant finalement en loisir et en continuant mon chemin. A 22 ans, je viens tout juste d'être diplômée éducatrice spécialisée, un métier que j'adore de part sa richesse dans la relation. Mais ne dit-on pas d'une passion qu'elle est souvent dévorante ? Ainsi, en septembre, je ne me lancerai pas dans ma profession mais repartirai bien pour 3 ans de formation dans un lycée d'hôtellerie-restauration. Au pire, je constaterai que la cuisine professionnelle ne me convient pas mais reprendrais surtout le cours de ma vie sans regrets. Au mieux je débuterai une carrière, aussi riche, j'espère, d'émotions et d'aventures que j'en ai eu durant l'expérience du concours.